Les métiers en tension 2025

50,1% des projets d’embauches sont jugés difficiles par les employeurs selon l’enquête France Travail 20251, un chiffre qui illustre les tensions constantes du marché du travail français. 

Cette réalité trouve son reflet officiel dans la liste des métiers en tension, révisée annuellement par arrêté ministériel, qui recense les professions confrontées à une pénurie de candidatures ou de profils qualifiés.

La loi Immigration du 26 janvier 2024 a transformé cette liste en une porte d’entrée légale : elle facilite le recrutement de travailleurs étrangers hors Union européenne et ouvre des voies de régularisation inédites. Les secteurs les plus impactés comme le BTP, la santé, l’hôtellerie-restauration et la logistique peuvent ainsi accéder à un vivier international de talents pour répondre à leurs besoins urgents en main-d’œuvre.

Qu’est-ce qu’un métier en tension en 2025 ?

Un métier en tension, selon l’article L. 414‑13 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), est une profession pour laquelle des difficultés particulières de recrutement sont constatées. Cette définition a une portée juridique : elle permet notamment d’alléger certaines démarches administratives pour l’embauche de travailleurs étrangers, en facilitant l’octroi d’un titre de séjour ou d’une autorisation de travail.

Il convient de distinguer trois notions voisines :

  • Le métier en tension reconnu officiellement par arrêté ministériel, avec des conséquences administratives.
  • Le métier sous tension, terme plus large désignant toute profession en déficit de main-d’œuvre selon les études économiques.
  • Le métier pénurique2, qui désigne une carence sévère et persistante en candidats, à l’échelle nationale ou régionale.

La liste des métiers en tension répond à plusieurs objectifs :

  • adapter les politiques migratoires aux besoins économiques du pays ;
  • orienter les politiques de formation professionnelle et d’insertion ;
  • aider les employeurs à anticiper les difficultés de recrutement et à explorer des solutions comme l’immigration professionnelle.

Comment est établie la liste officielle des métiers en tension ?

La liste des métiers en tension est établie chaque année par le gouvernement, en lien avec les acteurs du marché du travail. Elle repose sur plusieurs indicateurs statistiques, issus notamment de l’enquête « Besoins en main-d’œuvre » (BMO) menée par France Travail et analysée par la DARES.

Les principaux critères d’évaluation incluent :

  • le volume d’offres d’emploi non pourvues ;
  • le délai moyen de recrutement ;
  • le taux de recours à la main-d’œuvre étrangère ;
  • et le niveau de qualification requis dans chaque secteur.

La particularité de cette liste est qu’elle s’appuie sur une approche territorialisée. Un métier peut être considéré comme en tension dans une région, mais pas dans une autre. C’est pourquoi le gouvernement publie deux niveaux de lecture :

  1. une liste nationale, commune à tout le territoire ;
  2. des listes régionales ou spécifiques à certaines zones d’emploi, afin d’ajuster les mesures aux réalités locales.

La version actuellement en vigueur est fixée par l’arrêté ministériel du 21 mai 2025, qui remplace l’arrêté précédent datant de 2021. Elle comprend des familles de métiers, réparties selon les grandes filières professionnelles (construction, santé, agriculture, hôtellerie-restauration, etc.).

Liste des métiers en tension 2025 (par secteurs)

La liste des métiers en tension 2025, actualisée par l’arrêté du 21 mai 2025, regroupe plusieurs familles de métiers réparties selon les secteurs d’activité les plus touchés par les difficultés de recrutement. 

Métiers du bâtiment et des travaux publics (BTP)

Le BTP reste en tête des secteurs les plus impactés, avec 66,1 % de recrutements jugés difficiles selon France Travail. Parmi les postes les plus en tension :

  • couvreurs (82,4 %) ;
  • ouvriers en façade et étanchéité ;
  • géomètres et topographes (83,8 %) ;
  • maçons, charpentiers, électriciens du bâtiment.

Services à la personne

Les aides à domicile sont particulièrement concernées avec 73,4 % de projets jugés difficiles à pourvoir, notamment en raison du vieillissement de la population et d’une croissance de +16 % des projets de recrutement en Île-de-France. Autres métiers concernés :

  • assistants de vie ;
  • auxiliaires de gériatrie ;
  • employés de maison qualifiés.

Agriculture, viticulture et élevage

Dans ce secteur, les besoins en main-d’œuvre concernent les : 

  • ouvriers agricoles saisonniers ;
  • viticulteurs et arboriculteurs ;
  • conducteurs de machines agricoles.

Ce secteur reste fortement demandeur, surtout en période de récolte. Les métiers sont souvent pénibles et peu attractifs malgré leur importance pour l’économie.

Santé et action sociale

63 % des recrutements sont difficiles dans ce secteur, avec environ 240 000 postes vacants pour les métiers suivants : 

  • infirmiers diplômés d’État ;
  • aides-soignants ;
  • médecins généralistes ou spécialistes ;
  • techniciens de laboratoire.

Hôtellerie-restauration

Ici, la demande regroupe essentiellement les : 

  • cuisiniers, commis, chefs de partie ;
  • serveurs qualifiés ;
  • employés polyvalents de restauration ;
  • réceptionnistes.

La tension reste forte dans ce secteur en raison des conditions de travail (horaires, pénibilité) et de la saisonnalité de l’emploi.

Transport et logistique

Dans cette branche d’activité, les travailleurs les plus difficiles à recruter sont d’abord les : 

  • chauffeurs routiers (poids lourds et marchandises) ;
  • caristes ;
  • agents de tri et de livraison ;
  • les conducteurs de bus.

Avec la croissance de l’e-commerce et les besoins logistiques des entreprises, ce secteur connaît une demande structurellement élevée.

En quoi cette liste facilite-t-elle le recrutement de travailleurs étrangers ?

La liste des métiers en tension 2025 ouvre des possibilités concrètes pour les employeurs confrontés à des difficultés de recrutement et simplifie certaines démarches pour les travailleurs étrangers, qu’ils soient déjà en France ou à l’étranger.

Recruter un salarié hors Union européenne sans opposabilité de la situation de l’emploi

Lorsqu’un métier figure sur la liste des métiers en tension, l’employeur n’a plus à prouver qu’il n’a pas trouvé de candidat sur le marché local. Cette dispense de démonstration (dite opposabilité de la situation de l’emploi) accélère considérablement la procédure d’embauche pour des étrangers hors UE.

Un dossier simplifié pour la carte de séjour « salarié »

Les postes en tension permettent une procédure allégée pour la délivrance :

  • d’un titre de séjour salarié (articles L. 421-1 & L. 421-2 du CESEDA),
  • ou d’une carte pluriannuelle, lorsque les conditions sont remplies après une première année de séjour (art. L. 421-10 CESEDA).

Une base pour certaines régularisations par le travail

Pour les étrangers déjà présents sur le territoire sans titre de séjour, travailler dans un métier en tension peut également ouvrir la voie à une régularisation par le travail, dans le cadre des nouvelles dispositions issues de la loi Immigration 2024.

Pour les métiers inscrits sur la liste des métiers en tension, l’obligation de publication d’offre d’emploi pendant 3 semaines est supprimée, permettant un recrutement direct. La plateforme unique ANEF (Administration Numérique pour les Étrangers en France) centralise toutes les démarches avec un délai d’instruction maximal de — en principe — 2 mois.

Conditions d’éligibilité pour une régularisation par le travail

Les préfectures peuvent accorder un titre de séjour temporaire « salarié » ou « travailleur temporaire » aux personnes remplissant notamment les conditions suivantes :

  • présence d’au moins 3 années en France ;
  • justificatif de 12 fiches de paie sur les 24 derniers mois ;
  • contrat de travail ou promesse d’embauche sur un métier en tension ;
  • intégration professionnelle et absence de menace à l’ordre public.

À noter :

Ce dispositif est temporaire et s’applique jusqu’au 31 décembre 2026.

Quelles sont les initiatives gouvernementales et régionales de facilitation pour 2025 et au-delà ?

Face aux tensions persistantes sur le marché du travail, l’État et les régions intensifient leurs actions pour répondre aux besoins en recrutement et valoriser les métiers en tension. Ces initiatives prennent la forme de réformes législatives, de programmes de financement, de mesures de formation et de dispositifs de facilitation au recrutement, y compris pour les travailleurs étrangers.

Loi Immigration et circulaire de janvier 2025

La loi Immigration 2024, entrée en application en janvier 2025, a renforcé le rôle de cette liste dans le processus de régularisation des travailleurs sans-papiers. Elle officialise les critères vus plus haut pour les préfectures. Une circulaire interministérielle de janvier 2025 a été diffusée pour harmoniser l’interprétation de ces critères, mais leur application reste variable selon les préfectures, avec des délais et des pratiques hétérogènes.

Programmes nationaux et européen

Le Fonds Social Européen + (FSE+) mobilise 5,5 milliards d’euros sur la période 2021-2027, avec pour priorité l’insertion professionnelle dans les métiers en tension. Des outils comme Transitions Pro ou les dispositifs financés par les OPCO permettent de soutenir la formation et la reconversion dans ces secteurs.

Le plan France 2030 est une initiative ambitieuse, avec 54 milliards d’euros sur 5 ans, pour développer les compétences dans les filières stratégiques. Le dispositif « Compétences et métiers d’avenir » (CMA) a déjà permis l’ouverture de 48 800 nouvelles places de formation et financé 116 projets de dispositifs de formation lors de sa première saison. Les secteurs prioritaires bénéficiant des financements incluent : l’hydrogène vert, les véhicules électriques, les biomédicaments, l’agriculture durable, l’industrie 4.0, et les technologies spatiales. 2,5 milliards d’euros sont spécifiquement dédiés au capital humain avec plus de 160 formations accessibles dans toute la France.

L’enquête BMO 2025 révèle 2,40 millions de projets de recrutement avec 50,1 % jugés difficiles. En réponse, France Travail déploie :

  • la rémunération de fin de formation (RFF) élargie aux métiers en tension listés officiellement ;
  • des formations accélérées dans les secteurs critiques (BTP, santé, numérique) ;
  • l’accompagnement renforcé des demandeurs d’emploi vers les métiers porteurs ;
  • la plateforme ANEF centralisée pour les démarches employeurs.

Quelques initiatives régionales ciblées

En Île-de-France : 

186 millions d’euros investis, doublement de l’offre de formation dans les secteurs en tension (BTP, sécurité, environnement…), primes de 300 à 2 000 € pour les apprenants.

En Auvergne-Rhône-Alpes : 

Avec Via Compétences, la région travaille à une meilleure lisibilité des passerelles métiers (correspondance FAP/ROME) pour fluidifier les recrutements. La région va également recevoir un montant total de 880 millions d’euros dans le cadre d’un Programme Régional FEDER/FSE+/FTJ 2021-2027, qui se concentre sur 10 priorités, telles que la promotion et la formation aux métiers de la santé et du secteur sanitaire et social.

En Pays de la Loire : 

Déploiement de hubs territoriaux, mobilisation d’agents régionaux pour accompagner les entreprises dans leurs démarches. Par ailleurs, certaines formations comme celles de conducteur de transports en commun bénéficient d’un financement spécifique à 100 %.

Quelles implications pour les employeurs ?

Les employeurs doivent prévoir leurs besoins en recrutement bien en amont, notamment pour les postes critiques figurant sur la liste des métiers en tension. Cela implique une veille régulière sur les évolutions sectorielles, la mobilisation des dispositifs de formation, une meilleure collaboration avec les acteurs de l’emploi (France Travail, OPCO, branches professionnelles…), mais aussi un accompagnement juridique et une stratégie RH.

Sécuriser les embauches grâce à un accompagnement juridique

Même si le recours à des travailleurs étrangers hors Union européenne est facilité pour ces métiers, le respect du cadre légal reste impératif. Collaborer avec un avocat en droit des étrangers permet de :

  • vérifier l’éligibilité du poste à une embauche sous ce régime ;
  • constituer un dossier conforme (contrat de travail, conditions salariales, type de titre de séjour visé) ;
  • éviter les refus de titre de séjour pour irrégularité de procédure.

En outre, une embauche de travailleur étranger dans un métier en tension n’exonère pas l’employeur de ses responsabilités. Il convient de :

  • vérifier la validité et la nature des titres de séjour avant toute signature de contrat ;
  • suivre les procédures de demande d’autorisation de travail via la plateforme employeurs ;
  • respecter les conditions d’emploi fixées par le CESEDA (rémunération, conditions de travail, durée du contrat…).

En cas de contrôle par l’administration (inspection du travail, URSSAF, préfecture), tout manquement peut engager la responsabilité pénale et financière de l’employeur.

Intégrer la question dans la stratégie RH

Les métiers en tension doivent être intégrés dans une politique RH proactive, structurée et conforme au droit du travail et des étrangers. Cela implique 3 axes concrets.

1. Anticipation des besoins et des procédures

Les employeurs doivent commencer les démarches au moins 6 mois avant la date prévue d’embauche, notamment via la plateforme ANEF pour les demandes d’autorisation de travail. Cette anticipation permet de sécuriser les délais, souvent longs, de traitement par l’administration.

2 jours ouvrables avant l’entrée en fonction, une vérification obligatoire du titre de séjour (sur le site de l’ANEF) doit être réalisée. Si le salarié est inscrit sur les listes de France Travail, l’obligation de vérification peut ne pas s’appliquer.

2. Intégration financière dans les prévisions budgétaires

Le recrutement d’un salarié étranger implique également la prise en compte de la taxe collectée par la DGFIP, qui constitue un coût administratif pour l’employeur :

  • Contrats de 3 à 12 mois : de 74 € (si salaire ≤ 1 801,80 € brut/mois) à 300 € (si salaire > 2 702,70 €).
  • Contrats de 12 mois ou plus : 55 % du salaire mensuel brut, pour les salaires inférieurs à 4504,50 €, plafonnée à 2477,48 €.
  • Contrats saisonniers : 50 € par mois d’activité.

Bon à savoir :

Cette taxe  n’est due qu’une seule fois pour l’embauche d’un salarié étranger, par le premier employeur ayant permis l’obtention du titre de séjour pour motif professionnel. Elle devient à nouveau exigible si le salarié quitte la France, puis revient pour occuper un nouveau poste nécessitant une autorisation de travail.

3. Stratégie RH à moyen terme

Enfin, le recours aux travailleurs étrangers sur les métiers en tension 2025 doit s’inscrire dans une vision durable avec des plans :

  • linguistiques (cours de français obligatoires) ;
  • logistiques (ex. : aide au logement les premiers mois) ;
  • professionnelles (mentorat interne) ;
  • techniques (mise à niveau standards français). 

Une approche qui multiplie les chances de succès et réduit le turnover précoce.

Foire aux questions sur les métiers en tension 2025

Est-ce que la liste des métiers en tension est la même dans toutes les régions ?

Non. Il existe une liste nationale et des listes régionales qui tiennent compte des réalités économiques et des besoins spécifiques à chaque territoire. Un métier peut donc être considéré en tension dans une région et non dans une autre. La liste régionale est consultable dans l’annexe de l’arrêté ministériel annuel.

Comment savoir si un métier est en tension dans ma zone ?

Il faut se référer à la liste actualisée publiée par arrêté ministériel, disponible sur Légifrance. Les annexes régionales y sont détaillées. Vous pouvez également consulter France Travail, la DARES, ou vous rapprocher de la préfecture ou d’un avocat en droit des étrangers pour une interprétation à jour.

Un employeur peut-il engager un salarié étranger grâce à cette liste ?

Oui. Lorsqu’un poste correspond à un métier en tension reconnu officiellement, l’employeur est dispensé de prouver l’absence de candidat local. Cela facilite le dépôt d’une demande d’autorisation de travail et l’obtention d’un titre de séjour salarié.

Un demandeur d’asile peut-il bénéficier d’un emploi en tension ?

Pas immédiatement. Un demandeur d’asile ne peut pas travailler dans les 6 premiers mois suivant l’introduction de sa demande. Passé ce délai, une autorisation de travail peut être demandée, mais elle reste soumise à des conditions strictes, même si le métier visé figure sur la liste en tension.

Peut-on être régularisé uniquement grâce à un métier en tension ?

Pas automatiquement. La régularisation d’un travailleur sans titre repose sur les articles L435-1 à L435-4 du CESEDA, exclusion faite de l’article L435-3 du CESEDA. Il faut notamment justifier d’une présence de 3 ans minimum en France, de 12 bulletins de paie sur les 24 derniers mois, et que l’emploi exercé figure dans la liste des métiers en tension de la région concernée. 

La bonne lecture de la liste des métiers en tension permet d’anticiper les besoins RH et de sécuriser les procédures administratives. Face à la complexité réglementaire, l’accompagnement d’un avocat en droit des étrangers devient essentiel pour optimiser les chances de succès des démarches.

  1. Enquête besoin en main-d’œuvre France Travail 2025 ↩︎
  2. Étude de la Dares sur les métiers en 2030 ↩︎

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