Qu’est-ce qu’un métier en tension ?

Qu’est-ce qu’un métier en tension ? La question revient souvent à cause des difficultés de recrutement dans certains secteurs importants de l’économie française. Un métier est dit « en tension » lorsqu’il existe un écart significatif entre les offres d’emploi publiées et les candidatures reçues, ce qui rend l’embauche complexe malgré de réels besoins durables. Cette situation concerne aujourd’hui aussi bien le BTP que l’aide à domicile, la restauration ou la santé.

Les déséquilibres sur le marché du travail se sont accentués, amplifiés par les départs à la retraite, les reconversions massives et la faible attractivité de certains postes. Les métiers en tension sont ainsi devenus un outil clé pour les politiques publiques de l’emploi et pour l’immigration.

Définition : qu’est-ce qu’un métier en tension ?

Un métier en tension est une activité professionnelle pour laquelle les entreprises rencontrent des difficultés durables à recruter, malgré un volume élevé d’offres d’emploi. La notion est utilisée autant par les acteurs de l’emploi, les pouvoirs publics que par les entreprises pour orienter les politiques de formation, de reconversion et d’immigration professionnelle.

Il convient de distinguer plusieurs termes parfois confondus :

  • Un métier pénurique renvoie au manque structurel de main-d’œuvre disponible (ex. : infirmiers, soudeurs, aides-soignants).
  • Un métier difficile à pourvoir reflète un problème ponctuel, localisé ou saisonnier.
  • Un métier en tension, au sens administratif, combine généralement ces deux dimensions et fait l’objet d’une reconnaissance officielle.

Dans le cadre de l’immigration professionnelle, l’article L. 414-13 du CESEDA prévoit une liste de métiers en tension ouvrant droit à un titre de séjour spécifique, sans obligation pour l’employeur de justifier une recherche préalable de candidats en France.

Savoir qu’est-ce qu’un métier en tension est utile pour comprendre les enjeux liés à l’accès à l’emploi, la mobilité professionnelle… et les conditions de régularisation de titres de séjour grâce au travail.

Pourquoi certains métiers sont-ils en tension ?

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi certains métiers deviennent difficilement pourvus, malgré un besoin constant ou croissant de main-d’œuvre :

  • Un manque de candidats qualifiés, car certains postes requièrent des compétences techniques précises ou des certifications que peu de demandeurs d’emploi possèdent. C’est le cas des conducteurs de travaux, soudeurs qualifiés ou techniciens en maintenance industrielle.
  • Des conditions de travail contraignantes avec des horaires décalés, un travail physique, un rythme soutenu ou un environnement exigeant. Les métiers du BTP, de l’aide à domicile ou de la restauration rapide peinent à attirer durablement, justement en raison de la pénibilité ressentie.
  • Des salaires peu compétitifs, même dans des secteurs en forte concurrence, certains métiers restent peu attractifs, car les rémunérations ne compensent pas les efforts demandés (ex. : serveurs, agents de nettoyage, employés de logistique).
  • Des évolutions démographiques avec le vieillissement de la population qui génère une hausse des besoins dans les services à la personne. Tandis que l’émergence de nouveaux outils nécessite une montée en compétences dans des métiers techniques, parfois en décalage avec les parcours de formation disponibles.

C’est la combinaison de ces facteurs qui crée une situation de tension persistante dans certains secteurs et qui justifie la mise en place de mesures spécifiques, surtout en matière de recrutement, d’immigration ou de reconversion.

Comment identifie-t-on un métier en tension ?

L’identification des métiers en tension repose sur une analyse menée par plusieurs acteurs publics, dont France Travail, la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques) et la DAE (Délégation aux Entreprises). Ces institutions croisent des données économiques, sociales et territoriales pour dresser un état des lieux annuel des besoins du marché.

Parmi les indicateurs clés utilisés :

  • le taux de non-pourvoi des offres d’emploi malgré des recrutements actifs ;
  • la durée moyenne de recrutement (supérieure à la moyenne nationale) ;
  • le volume des intentions d’embauche dans chaque secteur ;
  • l’attractivité des postes (niveau de candidatures reçues, turn-over, taux d’abandon) ;
  • la part de main-d’œuvre étrangère mobilisée dans certains secteurs.

Chaque année, ces données sont synthétisées dans l’enquête BMO (Besoins en Main-d’œuvre), qui sert de base à l’arrêté ministériel fixant la liste officielle des métiers en tension dans le cadre des politiques d’immigration professionnelle ou d’orientation des formations.

Cette démarche permet d’éclairer les décisions des pouvoirs publics et d’adapter les dispositifs de régularisation, de mobilité professionnelle ou de soutien à l’emploi, en tenant compte des réalités locales et sectorielles.

Exemples de métiers en tension en France

Les difficultés de recrutement se concentrent dans des secteurs souvent essentiels, en voici quelques exemples représentatifs :

  • Aide-soignant : en tension dans tout le secteur médico-social, ce métier souffre d’un déficit de candidats malgré des besoins croissants liés au vieillissement de la population.
  • Couvreur : les métiers du BTP restent fortement pénuriques, en particulier dans les régions en croissance urbaine.
  • Chauffeur poids lourd : le transport et la logistique peinent à recruter, en raison de conditions de travail difficiles et d’un manque de renouvellement des effectifs.
  • Cuisinier : l’hôtellerie-restauration, fortement impactée par la crise Covid, n’a pas retrouvé son niveau de candidatures d’avant 2020.
  • Ouvrier agricole : la saisonnalité des emplois, les conditions physiques et l’éloignement géographique limitent les candidatures locales.
  • Agent de nettoyage : souvent considéré comme peu attractif, ce métier reste indispensable dans de nombreux secteurs (santé, industrie, tertiaire).

Bon à savoir : 

Pour découvrir la liste complète des métiers en tension, secteur par secteur, consultez l’article dédié : les métiers en tension 2025.

Quel lien avec la régularisation des étrangers sans papiers ?

La notion de métier en tension joue un rôle clé dans certains dispositifs de régularisation sans papiers, en particulier pour les personnes présentes en France depuis plusieurs années et qui travaillent dans des secteurs en manque de main-d’œuvre.

Depuis la loi immigration du 26 janvier 2024, une procédure de régularisation par le travail a été introduite à titre exceptionnel. Elle concerne les étrangers en situation irrégulière qui occupent un emploi dans un métier en tension et qui remplissent certaines conditions strictes. Pour déposer un dossier, l’étranger doit :

  • résider en France depuis au moins 3 ans de manière ininterrompue ;
  • présenter au moins 12 fiches de paie sur les 24 derniers mois, même auprès d’employeurs différents ;
  • fournir une promesse d’embauche ou un contrat de travail en lien avec un métier reconnu comme en tension.

Exemple : 

Un ouvrier du BTP présent depuis 4 ans, ayant travaillé dans différents chantiers avec des fiches de paie à son nom, peut demander une régularisation sans papiers si son métier figure sur la liste officielle des métiers en tension. Il en va de même pour une aide à domicile employée depuis plusieurs années dans un contexte de pénurie.

Cette procédure n’est ni automatique ni de droit. Elle dépend de l’examen du dossier par l’administration, mais constitue une voie d’accès possible à un titre de séjour salarié, voire à une carte pluriannuelle.

En parallèle de la régularisation des personnes déjà présentes sur le territoire, la liste des métiers en tension facilite aussi l’embauche de travailleurs immigrés hors Union européenne. Lorsqu’un métier figure sur cette liste, l’employeur est dispensé de justifier l’absence de candidat local (dispense d’opposabilité de la situation de l’emploi), ce qui accélère l’obtention d’une autorisation de travail.

Concrètement, cela signifie que l’entreprise peut déposer une demande de titre de séjour salarié (ou de carte pluriannuelle) via la plateforme ANEF, avec un dossier simplifié, pour un salarié étranger ciblé. Les délais sont plus courts et les démarches plus fluides pour ces postes difficilement pourvus.

Ainsi, la liste des métiers en tension agit comme passerelle réglementaire pour l’immigration professionnelle. Si la situation peut représenter une opportunité, elle implique aussi une mobilisation coordonnée entre pouvoirs publics, entreprises et acteurs de l’insertion professionnelle.
Dans certains cas, faire appel à un avocat en droit des étrangers peut permettre de sécuriser les démarches de régularisation ou d’embauche de salariés étrangers sur ces postes en pénurie de main d’œuvre.

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